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Passer son enfance à la Cathédrale

Publié le : 2017-12-19 a 10h28 | Catégorie : Nouvelles

Photo: Georges Couture tient la médaille du Mérite diocésain qui avait été remise à son père.

Le 30 septembre dernier, monsieur Georges Couture célébrait plus que les 100 ans de la cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke. Pour lui, c’est un peu comme s’il soulignait les 100 ans de sa maison d’enfance.

« On descendait sur le côté là-bas. Notre loyer était là », raconte l’homme en pointant l’arrière de ce qui est aujourd’hui devenu la salle Saint-Michel.

M. Couture a vécu à l’intérieur même de la cathédrale dès sa naissance, en 1932, jusqu’à son 16e anniversaire. Son père, Roméo Couture, a été sacristain de l’endroit pendant plus de deux décennies. « On l’appelait le bedeau », se remémore-t-il, sourire aux lèvres.

Jamais l’octogénaire n’a remis les pieds dans l’appartement qu’il partageait avec ses parents et ses deux frères depuis son départ, en 1948. Rares aussi ont été ses visites dans la salle Saint-Michel.

« Ça fait curieux de revoir la place. Ce n’est plus la même chose. Les bancs ne sont plus là, l’autel non plus. Il reste juste les marches vers l’autel. Je les ai montées souvent », lance en riant celui qui a commencé à servir la messe à l’âge de sept ans.

Ses souvenirs ont beau dater, l’homme a si souvent déambulé dans tous les recoins du lieu sacré qu’il se souvient parfaitement de la configuration de l’époque. « L’autel était là et ici, il y avait la sacristie, énumère-t-il en pointant différents coins de ce qu’on appelait autrefois la chapelle Pauline. Juste où la colonne, ici, c’était le banc de mon père, le numéro 6 ! »

Sept jours sur sept

La vie à la cathédrale était loin d’être de tout repos pour Roméo Couture. Son travail de sacristain l’occupait du matin au soir, sept jours sur sept.

« Il commençait ses journées à 6 h. Il allait sonner l’angélus. Après les messes, il fallait qu’il fasse le ménage à la grandeur et qu’il prenne soin des deux salles en bas », se souvient l’homme, précisant que l’une de ces pièces servait à la chorale et que l’autre faisait office de salle paroissiale pour les bingos ou thés musicaux entre autres.

Évidemment, les trois fils Couture mettaient aussi la main à la pâte. « On passait notre temps à aider notre père, dit-il. Le soir, on faisait nos devoirs et après ça, on embarquait sur l’ouvrage. Des fois, on le remplaçait pour sonner l’angélus le midi ou le soir. Le dimanche, quand il y avait des baptêmes, on lui donnait un congé pour qu’il puisse se reposer un peu. »

Et le samedi venu, il n’était surtout pas question de s’asseoir sur ses lauriers. Mariages et funérailles se suivaient les uns après les autres.

« Il fallait faire l’arrangement, explique M. Couture. Si c’était un mariage de première classe, le tapis rouge partait de l’autel et allait jusqu’à la porte. Et s’il y avait des funérailles tout de suite après, on devait mettre des banderoles sur toutes les colonnes et recouvrir les fenêtres de rideaux noirs. Après, c’était un autre mariage qui rentrait. »

Tout ça sans compter qu’il fallait aussi déneiger les trottoirs extérieurs en hiver, prêter main-forte à l’équipe du Messager, le journal paroissial, ou s’assurer de fermer les lieux après les temps de prière en soirée.

« Il fallait qu’on fasse le tour pour voir s’il ne restait pas quelqu’un. Ça arrivait qu’il y en avait qui se cachait dans les confessionnaux. »

Puis, lors de grandes célébrations, on devait redoubler d’ardeur. C’était notamment le cas à Noël. « On montait au-dessus de 300 chaises des salles en bas. Ça nous prenait presque un avant-midi de temps. On partait d’en bas complètement et il y avait deux gros escaliers à monter. On était en forme ! », se souvient-il.

Mais même si l’horaire était chargé, personne ne s’en plaignait dans la maisonnée. Et surtout pas le paternel. « Il adorait ça. C’était sa vie, lance Georges Couture. Il n’avait pas autre chose. »

Roméo Couture est décédé en 1958. Ses funérailles ont été célébrées en la Basilique-Cathédrale Saint-Michel. 

Texte tiré de la revue Ensemble-Hiver 2017

Auteure: Valérie Girard